Janvier 2008
- 10 Janvier 2008 à 18h18
-
Avant de commencer je dois poser certaines conditions à l’ouverture de ce journal :
Première condition : Cent mots par articles, pile.
Seconde condition : Ne parler que de choses sans importance.
Troisième condition : Publier un texte par jour sur une base d’une semaine, ensuite, il est possible de s’arrêter une ou plusieurs semaines, choisir de continuer, etc…
Facultatif : Écrire pendant la nuit.
J’ai copieusement et inutilement déversé ma bile ailleurs. Fucked-up chronicles donc, une série de drabbles autobiographiques pour parler (...)
- 11 Janvier 2008 à 11h41
- J’ai un visage large et pâle, parsemé de grains de beauté, un front immense. Mon nez est grand, recourbé et arrondi au bout, doté d’une arête légèrement discontinue. Mes yeux sont ronds, marron clair avec un cercle plus foncé à l’extérieur, je n’ai pas beaucoup de cils. J’aime bien ma bouche, plutôt bien dessinée, même si ses coins tombent un peu. Mes cheveux sont fins et difficiles à coiffer, ils descendent jusqu’au milieu de mes omoplates. Tout comme mes sourcils, ils sont châtains et blondissent en été. Sans être surdimensionnées, mes oreilles sont (...)
- 12 Janvier 2008 à 23h56
- Il est difficile de parler du corps, avec tout ce qu’il implique de veines apparentes, de replis ou pire : d’organes. Je mesure un peu plus d’un mètre soixante-cinq pour un peu plus de soixante kilos. Pour le reste, j’ai deux bras, deux jambes, deux pieds avec cinq orteils chacun, deux mains, dix doigts en tout (avec une excroissance au middlefinger qui prouve qu’à dix-neuf ans, je ne sais toujours pas tenir un stylo). J’ai une poitrine correcte, pas de troisième téton à signaler, des hanches larges, un bassin étroit (l’arnaque), un cul qui boude (...)
- 13 Janvier 2008 à 16h33
- Hier matin, j’ai assisté à un séminaire intitulé Vitesse de la lumière Vitesses de la mémoire. Pour illustrer son propos, la séminariste a passé des extraits de La Jetée, le photo-roman de Chris Marker. Or, il se trouve que tout de suite après et tout à fait par hasard, j’ai vu L’armée des Douze Singes qui est une adaptation libre de La Jetée. La version hollywoodienne est inévitablement plus spectaculaire, éludant les interrogations de l’œuvre originale. Il est pourtant appréciable que ce soit Terry Gilliam avec derrière lui Brazil, et Le Baron de Münchhausen qui (...)
- 14 Janvier 2008 à 5h18
- Dans le cadre du séminaire d’avant- hier, nous avons vu l’œuvre d’un artiste allemand qui s’appelle Alexander Schellow. Son travail consiste à redessiner trente-six fois la même scène d’après son souvenir. Il superpose ensuite les dessins les uns aux autres. Quand nous avons regardé le montage de diverses vues de Paris, il était déroutant de constater que ces dessins avaient un cadrage, une instantanéité et une facture photographiques, à tel point même que chaque surface était reproduite à l’identique d’un dessin à l’autre. Au terme de la (...)
- 15 Janvier 2008 à 17h13
-
Il m’est venu à l’esprit que l’authenticité était en quelque sorte l’idéal des désabusés, des trop riches, trop désœuvrés, etc… Je ne pense pas que les gens authentiques cherchent à l’être, je pense au contraire qu’ils se rêvent au moins archétypes, au mieux romanesques. Peut-être que finalement la clef de l’Être Authentique serait de se vouloir profondément artificiel, se désespérer d’être authentique, chercher son bonheur en ré-agençant la triste réalité en un sublime romanesque, vouloir être le héros de son propre (...)
- 16 Janvier 2008 à 11h19
-
J’abroge définitivement la seconde condition, concernant les choses importantes. J’ai préféré reprendre mes affaires hier, je ne sais pas si c’est pour en avoir fini plus vite ou pour avoir une occasion de te revoir. J’avais laissé trois livres que je voulais que tu lises, deux mangas et quelques fringues. Tu m’as donné des comestibles pour ma chambre : du café soluble pour le matin, du chocolat au lait pour mes révisions et du beurre de cacahuète ; et puis tu m’as prêté un disque de David Bowie. Je t’aime (selon Word, ce ne sont que deux (...)
- 17 Janvier 2008 à 12h31
- C’est en regardant Love Actually pour la cinquième fois, que j’ai trouvé où se situait mon seuil : je ne peux pas voir un même film plus de trois fois. La seule raison qui me pousserait à dépasser ces trois fois serait de le voir avec quelqu’un d’autre. J’aime épier les réactions de celui ou celle qui découvrirait l’histoire, attirer son attention sur ce qu’on loupe la première fois, même lorsqu’il s’agit des manipulations les plus grossières. C’est arrivé avec presque tous les films qu’on propose dans les avions pendant (...)
- 18 Janvier 2008 à 17h26
- « Ma bouilloire vient d’éjaculer. » C’est le genre d’expression que je pourrais trouver marrante au détour d’une conversation téléphonique. Ensuite, j’ajouterais sans doute une bêtise à la « Pas de problème, j’avale ». Le fait est que ma petite bouilloire jaune n’a pas le moindre bouton et qu’il faut débrancher pour l’arrêter, si bien que ça déborde presque toujours avant que je ne réagisse. J’ai aussi une assez forte de tendance à shooter dedans quand je rentre. J’ai pourtant énormément de tendresse pour elle, (...)
- 19 Janvier 2008 à 4h15
- Parmi les choses que j’aime bien faire : À la FNAC Saint-Lazare, m’arrêter au troisième étage devant les écrans qui passent des sketches de comiques (les écrans ayant sur moi un effet sidérant, ça m’évite de rester scotchée). Ensuite, je monte dévaliser le rayon philo, avant d’aller fureter parmi les romans (je m’interdis les mangas). Après je peux m’installer tranquillement au Colombus café, commander un fondant au chocolat et un smoothie à la mangue pour accompagner mes lectures. Je fais très attention à ne prendre que des livres que je suis sûre (...)
- 20 Janvier 2008 à 23h09
-
On m’a reproché, encore tout récemment, de manquer de tact. Ça me tue de donner raison à la cruchasse en question, mais j’ai effectivement une forte tendance à mettre les deux pieds dans le plat. Après avoir longtemps aspiré à l’hypocrisie, je me découvre un tempérament profondément indélicat. Parler du vulgaire avec poésie et exprimer l’indicible avec des mots crus : tel est mon mot d’ordre. Je ne fais pas l’amour, Mademoiselle, je baise, comme tout le monde. Je sais aussi passer de la pommade, mais c’est moins drôle que l’acide. Il ne (...)
- 21 Janvier 2008 à 22h27
- En ce moment, ma mère achète des gâteaux dans une pâtisserie algérienne rue d’Aligre. Le glaçage ressemble à une fine couche de paraffine colorée qui cède en se fendillant. À l’intérieur, ils sont mous et assez peu sucrés (il paraît que c’est ma mère qui leur a conseillé de mettre moins de sucre à l’intérieur). Il y en a de plusieurs sortes : de forme circulaire, blancs et assez larges ; mais aussi des losanges : ceux au café sont bruns et ceux au citron, vert amande. Ceux-là sont mes préférés, la pellicule sucrée contraste avec le goût un peu acide du (...)
- 22 Janvier 2008 à 16h30
- Sur la place du marché, il y a aussi une boutique qui vend toutes sortes de graines, d’herbes et de céréales. On y achète des pains d’épices en forme de cœur, de la verveine et du riz complet dans des sacs en papier. On peut encore y trouver des bonbons à l’ancienne : sucettes, gommes, caramels et pastilles ; mais aussi de l’engrais, de l’huile d’olive, de la confiture et des pâtes sèches. Je pourrais passer des heures à détailler les bacs de haricots secs ou les bocaux de lentilles rouges, les fruits confits lisses et luisants dans leurs (...)
- 23 Janvier 2008 à 21h19
- L’hiver a transformé ma chambre en congélateur. D’abord parce que fenêtre mansardée ne rime pas avec double vitrage, et ensuite parce que si j’ai envie d’assouvir mon déplorable penchant pour le tabac, il faut impérativement que j’aère. Comme je ne peux pas laisser mon chauffage la journée ni dormir en chaussette (question de principe), je m’amuse à inventer des parades à ce désagrément climatique : travailler sur mon lit pour que les draps restent chaud, garder les stores baissés la journée, etc… Ça me rappelle l’époque où je jouais aux (...)
- 24 Janvier 2008 à 23h39
- Juste quelques mots sur mon pseudonyme : En fait, Lish est le nickname de mon prénom. Je l’ai choisi après m’être inscrite car je n’avais pas envie que ce journal soit associé au reste de mes productions virtuelles. J’utilise un autre pseudo sur les sites que je fréquente et, comme la plupart de mes amis sur la toile sont devenus des amis en vrai, je l’entends presque aussi souvent que mon véritable prénom. J’étais venue ici en quête d’anonymat, et me voici en train de réitérer un exercice de style, sans plus me soucier de mon infortune, voilà (...)
- 25 Janvier 2008 à 3h37
-
Au départ, il y avait deux chambres de bonne, trop exiguës pour être habitées. Mon père a abattu le mur qui les séparait pour obtenir une pièce d’environ dix mètres carré. On peut d’ailleurs constater une légère différence de niveau d’un côté à l’autre de la chambre. La porte se situe au coin gauche de la pièce, face aux fenêtres. Les murs sont jaunes et le plafond blanc. Le sol est en tomette recouvertes d’un tapis assez laid aux couleurs délavées. L’un des murs suit l’inclinaison du toit et comporte deux lucarnes, espacées par une distance (...)
- 26 Janvier 2008 à 0h36
-
Ma passion subite pour les productions des BB Brunes, quatuor de pseudo-rockers adulescents simili-dohertyens pourrait s’expliquer par la tendance qu’à la voix chanteur à monter dans les aigus. D’aucuns y verraient avec plus ou moins de malveillance le symptôme d’une mue tardive. Pour ma part, cette succession de notes profondes et d’embardées stridentes m’enchante littéralement. Les voix lyriques me sont aussi agréables que des crises d’asthmes : les ténors m’irritent les tympans et les sopranos me causent des accès de surdités. Je suis (...)
- 27 Janvier 2008 à 5h10
-
En partant, mon frère a laissé son vieux Rubik’s Cube. Cet objet a aussitôt suscité chez moi une passion inexplicable. Étant une incorrigible littéraire, un tel exercice sur les volumes me paraissait impossible, mais j’ai fini par arriver à bout de sa logique infernale sans algorithme. J’ai suivi l’adage shadok : Plus ça rate, plus il y a de chance que ça marche. La première fois que je l’ai résolu, on en était à notre deuxième rupture et c’est curieux, mais ça m’a aidé. Je mets toujours longtemps à le résoudre (les coins…), mais ce (...)
- 28 Janvier 2008 à 21h44
-
Quand, parée d’amertume, le regard fixe et fuyant, j’arpente les trottoirs anthracites en songeant à tous ces pas perdus dont l’empreinte succombera au prochain passage du camion de nettoyage ; je n’ai plus envie de rêver. Quelque chose s’est enfui à force de réduire cette ville, ma ville, à une dizaine d’itinéraires qui finiront, à un moment ou à un autre, par me ramener a casa. Les façades ravalées semblent se refermer sur moi et mon regard bute sur les passants, las de croiser des regards qu’il faudra ensuite oublier. Pourquoi cette ville (...)
- 29 Janvier 2008 à 14h27
-
Un jour ou l’autre, les contes se terminent mal. Elle lui disait qu’elle l’aimait et il disait qu’il ne s’aimait pas. Elle lui disait de se presser et il lui disait d’attendre. Elle disait qu’elle voulait rester et il disait qu’il la laisserait partir. Elle lui demandait des excuses et il ne pouvait pas se pardonner. Elle lui demandait de lui parler et il ne savait pas quoi dire. Elle le voulait et il n’avait envie de rien. Elle voulait arrêter de souffrir, et il voulait arrêter, pour ne pas qu’elle souffre. Elle pensait que ça (...)
- 30 Janvier 2008 à 15h28
-
Avec l’avènement du mp3 téléchargeable et de la playlist, la possibilité de fournir au quotidien de chaque individu sa propre bande-son se fait encore plus évidente qu’au temps des compilations sur cassettes audio. L’enchaînement chronologique des pistes sonores d’un même album tombe en désuétude face à cette merveilleuse possibilité de réagencement des morceaux. Ainsi, on peut découvrir une compatibilité inattendue entre la conclusion d’All apologies de Nirvana et les premières mesures de la reprise des Dresden Dolls de War Pigs, elle-même s’enchaînant (...)
- 31 Janvier 2008 à 22h37
-
Si j’ai mis si longtemps à me sentir concernée par les films romantiques, c’est que depuis toute petite, j’ai une vision assez noire de l’amour. Il y a eu le divorce de mes parents (trois ans), l’arrivée de ma belle-mère (cinq ans), celle de mon beau-père (neuf ans) puis sa rupture avec ma mère (quinze ans). Je ne doute pas que mes parents puissent être sincèrement amoureux, mais je suis plus familière avec la mésentente conjugale et les disputes incessantes qu’avec la tendresse. J’ai le sentiment qu’à force d’assister à des drames, (...)
